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La respiration et le Qi Gong

Simple phénomène et phénomène complexe

  • Le souffle universel

Nous savons tous que l’univers se vit dans, et au travers de cycles sans fin. Ces cycles se caractérisent par l’oscillation permanente de phénomènes entre deux pôles. Cette force en mouvement continu est appelée par la médecine traditionnelle chinoise le « Qi » (l’énergie). Elle anime toute chose et la fluidité de l’alternance confère l’équilibre énergétique. Pour la médecine traditionnelle chinoise, l’humain à la naissance possède un potentiel énergétique fondamental légué par les parents par le truchement de l’union des gamètes. Cette énergie fondamentale est soutenue par une énergie que l’on pourrait qualifier de vitale qui se renouvelle d’une part par la respiration indispensable à chaque instant (l’homme au sens générique du terme, reçoit à sa naissance l’inspir et à sa mort « fin de son cycle propre » il rend le souffle) et d’autre part par la nourriture avec pour vecteur le sang mis en œuvre par le cœur. Nous constatons l’importance capitale que prend la respiration dans le cadre de la capitalisation de l’énergie et nous comprenons aisément le rôle qu’elle peut jouer dans la régulation énergétique.

L’humain est animé, stimulé et marqué par ce cycle prodigieux qu’est la respiration, élément de thaumaturgie qui, à la fois excite et entretient la flamme de vie de chacun d’entre nous. L’inspir et l’expir qui encadrent notre existence appartiennent aux cycles universels et sont l’émergence de la manifestation cosmique de l’être vivant.

  • Neurophysiologie et énergie

Doté d’un système de commande double, le système nerveux de l’homme est à la fois sous le contrôle de l’un et l’autre de ces composants: le système nerveux dit volontaire ou cérébro-spinal et le système autonome dit neurovégétatif. La respiration pure et instinctive est le fait du système neurovégétatif par action des fonctions para et orthosympathiques. Nous constatons donc que ce système est non seulement autonome mais qu’il est aussi bipolaire et relève de fait de la manifestation énergétique. Ainsi, si nous imaginons un homme libéré de toute stimulation interne ou externe, nous pourrions observer un être en parfait équilibre énergétique et donc en parfaite santé. Heureusement il n’en est rien car cet être de stabilité parfaite, insensible aux stimulations et variations, serait un être végétatif, sans réaction, incapable de création et d’adaptation. Pour cela, la nature nous a généreusement offert de façon concomitante, une petite glande bipolaire: l’hypothalamus en relation avec l’amygdale, centre du stress. Cette glande est le siège d’une zone d’activation dite ergotrope et d’une zone de désactivation dite trophotrope. Elle gère le cerveau limbique, haut lieu de l’émotion et de fait, l’hypothalamus peut être considéré comme le chef d’orchestre du système autonome. Par ailleurs, nous avons dit que l’homme possédait un système volontaire qui est le siège des réalisations par action de la pensée ou “intellect”, lui aussi en relation étroite avec l’hypothalamus. Nous constatons que notre système automatique de respiration va être le sujet de nombreuses variations, « activation-désactivation-activation » dues, d’une part à la stimulation émotionnelle et d’autre part à la pensée parfois animée par l’imaginaire, sans oublier l’activation sensorimotrice-motrice. A l’instar des autres grandes fonctions, la respiration échappe ordinairement à notre attention. C’est ainsi qu’elle devient le reflet de nos aspirations, de nos émotions, de nos désirs conscients et inconscients et par là même de nos tensions. Notons ici deux caractères d’importance qui qualifient les sujets sensibles : l’hyper-émotivité et la pensée accélérée. L’homme se vit au travers et dans sa respiration; nous savons aussi que la respiration intime cellulaire couple la fonction pulmonaire et les fonctions cardiaque et circulatoire, autant dire que la respiration est : “ le corps vivant”. C’est pour cela que le taoïsme considère le poumon (la respiration) comme étant le maître des énergies, et que le bouddhisme conçoit l’attention portée au corps et à la respiration comme source du bien-être et science de la connaissance de soi. Par la lunette des connaissances occidentales, nous savons que la respiration qui nourrit notre souffle de vie (l’énergie) intéresse toute notre conscience. Parce que connectées aux émotions et à la pensée, ces variations vont se traduire dans le corps sous forme de tensions pour prendre le nom de manifestations de l’émotion ou psychosomatiques. Quand les déséquilibres seront de courte durée (ex: blocage momentané en activation, suivi de récupération) et vecteurs de créativité, ils seront répertoriés comme stress positifs dans la mesure où ils participeront à l’accomplissement de l’être humain. Dans ce cas, la respiration après une légère « dé-régulation » revient naturellement à son état d’origine. Quand les déséquilibres s’installeront (ex: blocage dans le temps en activation sans phase de récupération suffisante) accompagnés de troubles psychosomatiques durables, ils seront qualifiés de stress pathologiques (ou blocages énergétiques). On observera alors une perturbation durable de la respiration, notamment si ces nouveaux déséquilibres se construisent sur un terrain déjà tendu et perturbé. De tels blocages ne sont pas anodins dans la mesure où, à terme, ils induisent: troubles du comportement dont l’inhibition et l’irritation, somatisations dont les contractions musculaires et les spasmes viscéraux, troubles psychologiques dont l’angoisse et la dépression ; s’ils perdurent, ils peuvent engendrer des maladies chroniques ou à causes insoupçonnées. Dès l’instant où nous nous référons à ce qui vient d’être développé, laisser la respiration sous le seul contrôle du système autonome, nous paraît, sinon dangereux, tout au moins faire preuve de la plus grande insouciance. Mais la nature nous a donné un contrôle possible sur notre propre respiration par le système volontaire; sans doute pour nous permettre la régulation énergétique en cas de besoin. Nous serions bien innocents ou irresponsables de ne pas utiliser les moyens qui sont les nôtres, cela serait se faire injure que de s’ignorer à ce point. Ainsi, je considère que l’une des missions qui revient aux instructeurs est d’enseigner « le bon respir ». Bien avant nous, les taoïstes avaient compris l’importance de la respiration et sa nécessaire maîtrise pour mobiliser l’énergie vitale en énonçant : « c’est le Y qui commande le Qi », c’est-à-dire que si la respiration est le vecteur de l’énergie vitale, c’est le mental qui commande à l’énergie.

En résumé, les agitations internes et externes (ex: angoisse-peur ou encore rumination-soucis) modifient notre respiration dans sa phase automatique, avec pour corollaire, des malaises et des états de panique.La régularisation de notre respiration par le contrôle volontaire apportera l’éradication des manifestations désagréables, nous permettra de prendre du recul et de conserver un état lucide là où il y avait affolement. Ceci est bien entendu vrai pour tout un chacun, et plus particulièrement pour ceux qui développent une certaine incapacité à réactiver les circuits de récupération. Ce qui revient à dire que plus nous avons du mal à nous accorder du temps pour un travail sur soi, pour un travail sur notre respiration, plus nous sommes en danger et avons besoin de ce rééquilibrage.

  • Respiration et symboles

Y a-t-il de bonnes et de mauvaises façons de respirer?

A cette question ma réponse est la suivante: la nature, le grand principe ou le divin, comme il vous plaira nous a doté d’un appareil respiratoire composé de deux cloches: la cloche thoracique et la cloche abdominale toutes deux capables d’animer notre respiration et c’est bien entendu pour nous servir de l’une et l’autre. Le seul problème qui se pose réellement est de savoir si je souhaite prendre conscience de ma respiration, de me donner les moyens de la maîtriser afin de la guider à ma guise. Dès lors, chef de ma respiration et selon mes objectifs, j’utiliserai l’un ou l’autre des éléments ou encore, je composerai la puissance des deux pour obtenir les effets souhaités. Opposer la respiration abdominale à la respiration thoracique procède d’une démarche stérile. Elles sont complémentaires dans la mesure où elles ouvrent la conscience humaine vers le haut (yang) et vers le bas (yin). J’aime le sens que donne Gilbert ANDRIEU aux deux formes de respiration à travers sa lecture des mythes inscrits dans l’histoire imagée de la corporalité. Il s’agit du mythe d’Hercule et de celui de Narcisse. En ce qui concerne le premier, Hercule ventre creux, poitrail à la « Rambo » accède à l’immortalité par la lutte et la transcendance de la souffrance; c’est en allumant lui-même son bûcher qu’il retrouve les dieux. Il est le symbole de la force de la volonté et de la respiration placée en haut. En ce qui concerne le second, Narcisse, ventre souple, regard perdu, il est centré sur lui-même, sur l’amour de soi; c’est en se laissant glisser dans son miroir aquatique qu’il atteint l’abandon du moi en se noyant. Il est, dès lors, le symbole du lâcher prise, de l’intériorisation et de la respiration placée en bas.

« Je crois qu’il faut dépasser le sens populaire ou du moins attribuer d’autres valeurs à ces deux mythes pour comprendre les différences… » Gilbert ANDRIEU.

Hercule est le symbole de la recherche d’une déité qui lui est extérieure. Quant à Narcisse c’est en se fondant en lui-même qu’il devient le symbole de la recherche de la déité interne.

« L’eau est ici l’intermédiaire en tant que miroir purifié, et nous voyons bien que le sens populaire accordé au narcissisme ne retient pas la sublimation qui déifie Narcisse. »

Gilbert ANDRIEU

Curieusement, les mythes d’Hercule et de Narcisse nous ramènent à la symbolique de l’eau et du feu, c’est-à-dire à celle du Yin et du Yang propre à la théorie de la dynamique cyclique qui anime la circulation énergétique dans le cadre de la médecine traditionnelle chinoise. La philosophie taoïste propose, par le travail sur soi et la respiration, une voie médiane qui est l’union de l’eau et du feu, autrement dit l’union de la perfection passive du Yin et de la perfection active du Yang. Si nous retenons et appliquons cette philosophie, que constatons-nous?

  • que la respiration intéresse l’homme dans sa dimension holistique,
  • qu’elle est cyclique et par conséquent énergétique,
  • qu’elle constitue un lien entre l’interne et l’externe,
  • que son écoute nous permet de vivre et d’intégrer des paradoxes à travers nos sensations : être à la fois: lourd-léger, totalement présent-totalement absent, corporalisé-décorporalisé…
  • qu’elle nous conduit d’une notion extrême à l’autre par le jeu de l’inspir - expir : prise de conscience possible d’un cheminement de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Quand nous étudions les techniques et sciences occidentales, et les techniques et sciences orientales en matière de développement personnel, nous pouvons par la médiation de la respiration faire cheminer l’une et l’autre de concert avec aisance, loin des polémiques d’écoles. Nous savons maintenant que nous sommes dotés d’un appareil respiratoire activé à deux niveaux : thoracique et abdominal. Nous connaissons la dimension énergétique (bipolaire) de la respiration et la nécessaire prise en charge de ce processus à certains moments. Nous avons compris les mécanismes neurophysiologiques. Il nous reste désormais à savoir pourquoi respirer de telle manière plutôt que de telle autre ? Puis faire nos choix en fonction des objectifs que nous nous sommes fixés. Je vais donc vous proposer plusieurs formes de respiration. Néanmoins avant d’aborder les sujets techniques, il est bon de réfléchir aux troubles que peut provoquer une respiration anarchique laissée à la seule régulation de l’inconscient.

  • Respiration et troubles

Plus notre vivacité à capter une grande quantité de messages est importante, plus nous développons de stress ; notre angoisse peut alors augmenter et notre seuil de rupture peut parfois être rapidement atteint. Les modifications de la respiration sont alors inéluctables. Au seuil de rupture, l’organisme sombre dans l’anarchie. Dans un premier temps, les modifications dues au stress entraînent un blocage du diaphragme (dans certains cas la tétanisation diaphragmatique peut s’accompagner de nausées, de douleurs épigastriques, ou encore entraîner des dérangements « inter-vertébro-mineurs » de la charnière dorso-lombaire avec toutes leurs conséquences). Puis progressivement, les tensions gagneront les chaînes musculaires dorsale et cervicale et s’accompagneront de toute une cohorte de malaises, de souffrances et parfois de sensations vécues par le sujet comme très graves (vertiges, impression de mourir ou de devenir fou). Dès le début, les symptômes sont accompagnés de ralentissements respiratoires ou de blocages qui vont plonger le sujet dans une sorte d’hypoxie alertant l’hypothalamus et les centres nerveux de commande de la respiration. Comme un noyé à la recherche de l’ultime aspiration, la personne va tout mettre en œuvre, hormis la fonction diaphragmatique qui est bloquée, pour s’oxygéner. Ceci se traduit par une accélération de la respiration et une augmentation du travail thoracique concrétisée dans ce cas par une forte élévation des épaules à l’inspir. C’est la respiration panique. L’hyper-ventilation qui en résulte modifie le “ph” sanguin et cette oxygénation excessive va avoir des effets sur les cellules musculaires déjà en hyperactivité neuromusculaire. Les tensions sont alors accrues. Chez le sensible, le phénomène peut aller jusqu’aux crampes voire la tétanie; ces derniers cas sont alors répertoriés dans la symptomatique de la spasmophilie.

  • La respiration abdominale

L’angoisse, les tensions et la peur subséquentes, sont responsables des blocages et malaises, mais le fait est établi, nous avons l’inouïe possibilité de dépasser les états de crise, par la régulation de la respiration. Il va donc falloir, pour inverser ce dysfonctionnement, réhabiliter la fonction diaphragmatique qui échappe à notre volonté en forçant la mobilisation de ce plancher musculaire afin de le libérer.

Mise en place des mécanismes

Pour ce faire, nous utiliserons la sangle abdominale. La sangle abdominale est constituée de trois groupes musculaires. Les obliques sont les responsables de la rotation du buste, les grands droits sont les responsables de la flexion du buste (rapprochement de la pointe sternale et de la symphyse pubienne), ces derniers interviennent partiellement dans le processus de respiration avec les abdominaux et enfin les transverses qui sont à la fois les muscles du maintien de la masse viscérale et ceux de la respiration basse. En contractant les muscles abdominaux pour rentrer le ventre ou si vous préférez en essayant de rapprocher l’ombilic de la colonne lombaire, la paroi de l’abdomen va exercer une forte pression sur la masse viscérale (autrement dit sur de l’eau), c’est-à-dire un fluide incompressible. Cette masse va du fait de cette poussée chercher à se déplacer. Vers le bas elle sera contenue par le bassin et le périnée, plancher musculaire épais et de petite surface, vers l’arrière elle se heurtera sur le mur lombaire. C’est donc le plancher diaphragmatique qui cédera le premier du fait de sa large surface. Pour autant, tout n’est pas gagné, parce que le diaphragme en étant refoulé vers le haut va rencontrer un fluide compressible: l’air et il est d’importance de penser à souffler en même temps que l’on rentre le ventre. Cet exercice demande une double commande et par conséquent l’animation de deux chaînes neuronales; ne vous découragez surtout pas si vous n’y arrivez pas dès la première fois. Par ailleurs, il est important de contrôler le thorax, de telle sorte qu’il ne remonte pas lors du refoulement diaphragmatique. Allez bien jusqu’au bout de votre souffle avant de relâcher la paroi abdominale et de procéder à l’inspir par la seule détente du ventre. Cette façon de respirer a pris le nom de respiration abdominale.

Le déblocage du diaphragme va demander dans un premier temps un effort sérieux et nous devrons forcer les expirations avec énergie. Cette respiration abdominale forcée est éprouvante, elle sera menée sur quelques cycles seulement. Les personnes les plus aguerries pourront utiliser une respiration abdominale rentrée c’est-à-dire en fin d’expiration faire un ultime effort pour tenter de faire passer l’épigastre derrière l‘appendice xiphoïde. Le diaphragme débloqué, nous allons nous appliquer à contrôler notre respiration en privilégiant l’expir. Les inspirations seront naturellement enchaînées avec les expirations de plus en plus longues, sans violence ni panique et juste pour couvrir notre besoin d’oxygénation.

Effets

La respiration abdominale est la première clef pour gérer les crises d’angoisse. Mise en place dès les premières manifestations de perturbation, elle est efficace pour annihiler les processus de dysharmonie. Les résultats: régulation du souffle, libération des états d’oppression, réhabilitation de la fonction parasympathique, début de détente permettant de nouveau l’autocontrôle. Parallèlement, s’il y a persistance d’une sensation de tension ou de douleur au plexus solaire, il est possible de stimuler par simple pression le point d’acupuncture dit « jiuwei ou 15 VC » afin de mieux réguler la fonction cardiaque et augmenter le calme.

  • a respiration en soufflet

La respiration en soufflet est une respiration complète dans la mesure où elle met en œuvre à la fois les dynamiques abdominale et thoracique. Elle s’apparente en ce qui concerne l’état d’esprit à la pratique de la respiration abdominale (respiration basse). Cette respiration remplace avantageusement la respiration abdominale pour le sujet peu angoissé. En effet, ce mode de respiration mobilise une plus grande quantité d’air et permet une expiration plus longue tout en maintenant une oxygénation de bonne qualité. Nous avons vu que l’expiration était couplée au système parasympathique, c’est pourquoi le souffle long favorise la dynamique des fonctions de récupération et de détente.

Mise en place des mécanismes

Commençons comme pour une respiration abdominale par une expiration en rentrant activement le ventre. Pour inspirer, gonflons le ventre et quand nous avons la sensation d’avoir totalement mobilisé la partie abdominale, continuons l’inspiration en mobilisant cette fois le thorax. Les côtes s’écartent, le sternum se soulève et dans le même temps le diaphragme, sans qu’il y ait d’action volontaire, est naturellement attiré vers le haut, ce qui provoque un léger effacement de l’abdomen. Il s’agit du signal qui marque la fin de l’inspiration. Relâchons maintenant le thorax, l’abdomen se repositionne vers l’avant, puis expirons lentement en abaissant le thorax et en resserrant les côtes et finalement allons jusqu’au bout de notre expiration en rentrant le ventre sans forcer exagérément. Enchaînons à nouveau inspiration abdominale, thoracique puis expiration thoracique, abdominale et ainsi de suite. Cette respiration doit être fluide, sans blocage afin que les phénomènes s’enchaînent naturellement pour vivre la magie de l’inversion.

Effets

La respiration en soufflet est efficace pour annihiler les processus de dysharmonie en général. À l’instar de la respiration abdominale, elle permet de lutter contre l’angoisse et approfondit les états de détente. Les résultats: régulation de l’acidose du sang, régulation de la fonction parasympathique avec pour conséquence l’amélioration de l’homéostasie, état de détente approfondi.

  • Les respirations de calme

Il s’agit en fait d’une modulation des respirations précédentes avec pour objectif un état de détente totale. Nous avons par conséquent le choix, pour atteindre un calme profond, d’utiliser la respiration en soufflet dans la mesure où nous ne sommes pas sujets à des tensions majeures ou la respiration abdominale si nous ressentons un reliquat d’angoisse. Pour pratiquer la respiration que nous avons choisie avec bénéfice, il est important de s’installer dans un lieu correctement aéré, bénéficiant d’une ambiance thermique confortable, relativement calme et dans lequel nous puissions nous sentir en sécurité. Par ailleurs, il faut choisir un moment de la journée où nous ne sommes pas trop en état d’excitation. Nous pourrons mener cette respiration dans l’une des trois positions fondamentales; en outre, il est intéressant de la pratiquer en extérieur quand les conditions atmosphériques le permettent.

Protocole

Installons-nous confortablement. Puis tenons-nous un petit monologue marquant l’importance de cette rencontre avec nous-mêmes, et de ce travail que nous sommes seuls à pouvoir réaliser. Interrogeons-nous maintenant sur notre état de tension physique pour nous inviter à relâcher le maximum de contractions et plus particulièrement là où nous savons être porteurs de tensions chroniques. Prenons conscience que nous sommes des êtres « respirant », et observons les échos corporels qui résultent de ce phénomène naturel. Après un certain temps d’écoute, procédons à la mise en place de la respiration choisie. Dès lors, expirons lentement, puis inspirons sans forcer afin d’obtenir une respiration harmonieuse et confortable. Dans un premier temps, il est bon d’expirer par la bouche en laissant juste un petit orifice ouvert pour exhaler. Ce procédé va d’une part favoriser le contrôle de l’expiration et d’autre part, provoquer une petite vibration, témoin de notre phénomène énergétique. Il nous reste alors à surfer en détente sur notre propre souffle. Ce mode de respiration est favorable pour engendrer le sommeil et même en cas d’insomnie tenace, si nous poursuivons nos efforts durant tout le temps de repos qui nous est imparti, nous aurons l’agréable surprise d’avoir totalement récupéré. Nous vivrons alors confortablement notre journée comme si nous avions dormi toute la nuit précédente.

Effets

En allongeant le souffle le plus possible, nous favorisons d’autant plus la stimulation du parasympathique, nous allons donc favoriser le bon fonctionnement des systèmes de récupération en entraînant la chute des tensions physiques et émotionnelles. Moins d’activité physique, moins d’émotion se traduisent par un moindre besoin d’oxygène, et le souffle sans effort va encore pouvoir s’allonger. Quant à la concentration de l’acuité mentale sur la vibration lors de l’expiration et de l’inspiration, elle se traduira à terme par l’élimination de l’agitation de l’intellect. Le mental calme, les émotions maîtrisées, le “ph” sanguin équilibré, les somatisations éliminées, le système sympathique régulé, nous assisterons, parce que ce système est couplé avec le système neuroendocrinien à une augmentation des défenses immunitaires. Par ailleurs, la psycho-neuro-immunologie, science émergeante, pourrait sans doute nous expliquer les principes de la libération d’endorphine liée au bien-être et à l’humeur, d’une part et d’autre part, l’élévation des taux de DHEA, hormone stéroïde ayant un effet positif sur la santé. Sur le plan énergétique, le pratiquant retrouve progressivement l’harmonie qui confère : pleine possession de son capital vital, de ses potentialités et de sa créativité naturelle. Celui qui possède bien ce mode de respiration et s’y adonne avec assiduité, se met déjà à l’abri de bien des déconvenues. D’autre part, ce mode respiratoire permet de pratiquer avec bénéfice les systèmes de sons énergétiques taoïstes ou bouddhistes. Pour les personnes qui aiment la pratique de la pleine conscience ou « mindfulness », cette respiration en posture de méditation peut nous conduire à l’union des extrêmes et à la vacuité, quintessence des états méditatifs.

  • La respiration taoïste

La respiration taoïste, encore appeler respiration inversée est aussi une respiration complète qui permet la mobilisation de l’énergie dans les méridiens utilisés dans l’acupuncture, les huit merveilleux vaisseaux et de façon plus générale dans tout l’être. Dans cette respiration nous allons nous servir essentiellement de la cage thoracique, en nous contentant de contrôler la sangle abdominale.

Mise en place des mécanismes

L’inspiration se réalise par l’ouverture de la cage thoracique par l’élargissement des côtes. Il convient en parallèle d’ouvrir le thorax en laissant monter légèrement les épaules par bascule des omoplates afin de permettre l’élévation du sternum et la libération, autant que faire se peut, des deuxièmes et premières côtes pour baigner d’air le sommet des poumons. L’expir se fait à l’envers par l’abaissement des côtes et fermeture du thorax. Cette dernière manœuvre abaisse également le diaphragme et crée une pression qui a tendance à propulser l’abdomen vers l’avant. Il est nécessaire d’éviter ce laisser aller de l’abdomen qui à terme pourrait se transformer en ptose abdominale voire dans le temps produire des hernies inguinales. Par conséquent, si vous n’avez pas été correctement initié abstenez vous de cette pratique.

Effets

Rappelons que le qi gong a pour objectif la libération de l’énergie et son développement. Or, nous savons qu’en médecine traditionnelle chinoise le poumon est considéré comme étant le maître de l’énergie. La respiration taoïste a pour effet premier de développer la cage thoracique et son contenu : les poumons. Secondairement, elle a un effet positif sur les fonctions des organes du haut du tronc et à l’instar des respirations complètes, un impact correctif sur l’équilibre postural.

  • La respiration athlétique ou d’hyper oxygénation

La respiration athlétique, est en fait une respiration assez proche de la respiration taoïste, c’est une respiration complète qui permet la mobilisation de l’énergie dans le corps en vue d’un effort physique ou d’une action de récupération. Pour autant, cette respiration n’intéresse pas seulement les pratiquants d’exercices physiques, car par son amplitude et la mobilisation des diverses chaînes musculaires et ostéo-articulaires c’est une véritable gymnastique d’entretien. Dans le cadre d’exercices de développement personnel, la respiration athlétique est un moyen extraordinaire d’activation corporelle qui nous offre une possibilité d’écoute sensorielle globale de grande qualité. Son utilisation peut, pour qui le souhaite, être introduite avec avantage dans la pratique du « qi gong ». Par ailleurs, le matin c’est une bonne manière de respirer devant sa fenêtre ouverte ou si possible dehors pour éliminer des poumons l’air vicié accumulé par le ralentissement de la respiration pendant la nuit et ainsi, mieux se réveiller pour démarrer la journée (temps de pratique de deux à cinq minutes).

Mise en place des mécanismes

Comme pour les respirations précédentes, commençons par une expiration abdominale. Pour inspirer, gonflons le ventre et progressivement enchaînons avec l’inspiration thoracique. Pour expirer, rentrons le ventre par un mouvement actif des abdominaux et tout en continuant d’expirer, vidons la cage thoracique en arrondissant plus ou moins le haut du dos selon l’effet souhaité et serrons les côtes de façon tangible jusqu’à la fin de l’expiration. Enchaîner à nouveau inspiration abdominale, thoracique puis expiration abdominale et thoracique et ainsi de suite. Cette forme de respiration est importante pour la pratique d’exercices physiques et sans rentrer dans le détail, nous pouvons retenir deux aspects de cette pratique: rapide et profonde elle prépare à l’effort, lente et profonde, elle permet une récupération active et rapide.

Effets

Le diaphragme va subir lors de cette respiration un grand massage interne l’assouplissant et le tonifiant avec pour effet une efficience accrue de la fonction respiratoire : accélération de la ventilation d’une part et rythmes plus amples d’autre part. La respiration athlétique présente l’avantage de pouvoir conduire une respiration profonde et le brassage d’un volume d’air conséquent. En outre, la mobilisation active du diaphragme représente un véritable massage des viscères, ce qui favorise le retour sanguin dans les veines : veine porte, veine sus-hépatique… et par conséquent une oxygénation de qualité dans les organes. Avertissement : ce mode de respiration ne doit pas être utilisé par des personnes angoissées, déprimées, sujettes à de grandes fatigues ou encore par des personnes présentant des déficiences cardiaques.

  • La respiration force

Ce mode de respiration combine plusieurs types de respiration. Il demande une grande coordination des différents planchers, un développement musculaire suffisant qui doit être travaillé avec les respirations vues précédemment ; il ne peut par conséquent être pratiqué sans un apprentissage sérieux et contrôlé.

Effets

L’acquisition de cette respiration offre la possibilité d’une mobilisation maximum de l’énergie, elle est une véritable gymnastique respiratoire avec pour effet le renforcement des muscles abdominaux. Sur le plan psychologique elle permet le contrôle des émotions et l’émergence d’un sentiment de force qui permet de faire face aux situations difficiles. Mais avant tout, la forte pression intra abdominale qu’elle produit, va sensibiliser le pratiquant à la perception du « tan tien » inférieur qui est ce point au milieu du ventre, considéré comme le centre majeur de l’énergie chez l’être humain.

  • La respiration conçue comme une hygiène de vie

Pour notre harmonie, à fortiori pour notre santé nous avons tout intérêt à perfectionner la maîtrise de notre respiration. Un court apprentissage va permettre à chacun de s’initier et de mettre en place un entraînement régulier, si possible quotidien, c’est la loi de l’entraînement bien connue des sportifs et des musiciens. Les modes de respiration explicités précédemment répondent à des objectifs précis, à vous de les expérimenter, de vous les approprier et de les utiliser en fonction de vos besoins. Les respirations de calme retiendront particulièrement notre attention; en les pratiquant suffisamment et en les faisant évoluer, ces modes de respiration induisent la possibilité de se relaxer de la façon la plus simple. Faire le choix d’une prise de conscience et d’un contrôle respiratoire fréquent constitue une hygiène de vie capable d’équilibrer toutes les fonctions de l’homme. Autonome et responsable, notre investissement dans la pratique nous éloigne des états de pénibilité, nous rend la vie plus agréable, plus confortable et sans aucun doute plus joyeuse.

  • Conclusion

Il existe bien entendu de nombreuses autres manières d’approcher la respiration et nous pouvons les considérer comme innombrables. Certaines écoles ont érigé leurs techniques respiratoires en véritables disciplines comportant théories et dogmes, d’autres comportent de nombreuses subtilités qui risquent de faire oublier l’essentiel. Je me suis proposé ici de réfléchir sur des modes de respiration totalement intégrables à la pratique du qi gong, mais aussi à toute pratique de développement personnel.

Gilbert GUILLEMOT

  • Bibliographie

A la découverte du qi gong - Yves REQUEN - éd Guy Trédaniel

Anatomie de la conscience - anatomie sophrologique - Miguel GUIRAO - éd Maloine

Dictionnaire des symboles - éd Robert Laffont / Jupiter

Comment respirer pour vivre mieux - Pierrette MANZI - éd De Vecchi

La santé par le chi kong - Louis WAN DER HEYOTEN - éd l’Originel

La respiration complète et contrôlée - Dr Jean DERMEYER - éd Diffusion nouvelle du Livre

La sophro-dynagogie - Yves DAVROU - éd Retz

Le livre du kiaï et des kuatsu - Robert LASSERRE - éd Judo

Le nouveau souffle - Dr José HUBERT et Dr Jacques LECOMTE - éd Education Santé

Précis d’acuponcture chinoise - éd Dangles

Précis de médecine chinoise - Pr E MARIE - éd Dangles

Qi gong : exercice énergétique de santé - Dr Joséphine ZÖLLER

Savoir respirer - Dr René LACROIX - éd Dangles

Sophrologie et sports - R.ABREZOL - éd Chiron

Souffle et énergie - MIAN SHENG ZHU, M.ANGLES et S.DARAKCHAN - éd du Rouergue

Sports arts et religions - Actes du congrès de Larnaca 88 - Gilbert ANDRIEU

Le stretching ou la gymnastique de l’instinct - JP MOREAU- éd Sand & tchou

Zen et arts martiaux - TAISEN DESHIMARU - éd Albin Michel

Zen et self control - Dr IKEMI et TAISEN DESHIMARU - éd Albin Michel