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Méditation
  • Une pratique difficile à définir

La méditation peut être définie de multiples manières. Ainsi, on trouve dans les dictionnaires plusieurs interprétations sans que celles-ci tiennent vraiment compte des divers courants et philosophies qui initient les méditations orientales. Depuis qu’elle est devenue un objet d’étude scientifique et que le monde médical l’a rebaptisée mindfulness, enfin l’on reconnait son efficacité tant sur le plan de la santé que sur celui du développement personnel.

Pour « le souffle et le geste », association qui ne se réclame d’aucune école et s’inscrit dans la recherche d’une métasynergie, méditer consiste à chercher une attitude mentale pour permettre au pratiquant de s’extraire des tourmentes externes et internes, de trouver des moyens de réguler l’agitation mentale, le stress et d’éliminer les pensées et émotions négatives. La posture de méditation utilisée est celle du « Chan » qui est la version chinoise du « Zen » appelée « Zazen », d’ailleurs, s’assoir et méditer ont la même étymologie en japonais. Cependant, il n’est pas impossible de méditer assis sur une chaise, debout, notamment en extérieur ou encore allongé en cas de maladie ou de grande fatigue. Si méditer est simple ce n’est pas pour autant un geste naturel, c’est une lutte contre les parasites mentaux : colères, convoitises, impatiences, paresses, doutes, idées négatives, mésestimes, désespoirs, irritation et pensées de toute sorte. Il s’agit en méditant de dompter l’esprit par la seule force du mental, ainsi l’homme devient sa propre lumière ; c’est en se connectant à ses ressources internes qu’il devient acteur de sa vie. Pour ce faire, il est possible d’avoir recours à plusieurs types de méditations selon les objectifs visés. Aujourd’hui, l’homme évolue dans un monde coupé de la nature, un monde agité, stressant et parfois très artificiel, un monde qui lui demande une dépense énergétique constante pour s’adapter. Ses repères sont les modèles proposés par un système basé sur la consommation, le profit, le jeunisme et le paraître. Ces conditions mènent à l’aveuglement parce que toute l’attention et toutes les références sont dirigées vers l’extérieur, l’homme se coupe de lui-même et de ce qu’il est. L’incertitude, la peur de perdre, l’angoisse, la jalousie et la culpabilité, deviennent alors son lot quotidien ; dans cette atmosphère délétère il est difficile de rester stable et serein. La pratique de la méditation va permettre à celui qui s’y adonne de se recentrer, de retrouver calme et harmonie. Dès lors, l’esprit devient plus net, la vision du monde plus aiguisée, ce qui offre l’occasion de mieux réfléchir sur ce que nous apporte l’avoir, l’attachement, le paraître. Cette démarche nous donne l’opportunité de redéfinir ce qui pour chacun est vraiment essentiel dans l’existence et de repenser la notion d’être.

  • Historique

Il n’est pas possible de définir la période où l’homme a commencé à méditer, mais il y a certainement fort longtemps et probablement plusieurs milliers d’années. Les premières références écrites concernant la méditation sont indiennes, on les trouve dans des écrits tantriques ; ce qui nous fait déjà remonter à 4 ou 5 mille ans avant JC pour des pratiques utilisant « mantra et mudra ». Cependant, la méditation étant avant toute chose une pratique, il est certain que les premières transmissions se sont faites par oral de maîtres à disciples. Pour avoir une référence précise, il faut remonter moins loin dans l’histoire, seulement 500 ans avant JC, c’est- à-dire à l’avènement du bouddhisme.

Le père fondateur du bouddhisme, est un prince Indien : Siddarta GAUTAMA. Ce dernier après une vie tourmentée cherche une voie pour éviter la douleur, l’attachement et la peur de la mort. C’est après une très longue méditation de plusieurs semaines qu’il est inspiré et construit son enseignement conduisant à l’éveil. Il prend alors le nom de bouddha qui signifie l’éveillé en sanscrit (idiome Indien). Dès lors, il diffuse son savoir d’abord à ses proches, puis à de nombreux disciples. Progressivement, le bouddhisme dépasse les frontières de l’Inde et se répand dans les autres pays d’Asie pour finalement conquérir une grande partie de la planète. Au contact d’autres civilisations et d’autres philosophies, parallèlement au bouddhisme d’origine, certains courants vont se créer par synergie, ainsi les bouddhismes chinois, vietnamien, coréen ou encore japonais etc. vont se caractériser, la méditation restant le socle commun au-delà des diverses particularités.

  • Différents courants et évolution des méditations

En Occident, la méditation est conçue comme une action dans laquelle il s’agit de réfléchir ou penser profondément à un sujet en vue d’une réalisation. Dans ce cas, l’attitude méditative consiste à s’absorber dans une réflexion profonde stimulatrice de l’esprit. Elle nécessite de la part du pratiquant une attention centripète sur une seule pensée ou un seul objet. Cette forme de méditation est essentiellement concentrative. En Orient, la méditation est avant tout une pratique posturale et mentale, favorisant le développement de l’esprit. Cependant, il existe différentes manières de pratiquer et d’aborder la méditation selon les philosophies initiatrices : ainsi, on rencontre des méditations concentratives, des méditations contemplatives, des méditations réflexives, des méditations énergétiques, des méditations recherchant le silence mental et la paix intérieure. Ces dernières sont aussi appelées méditations silencieuses. Comment toutes ces pratiques ont évolué au cours du temps ? Les traces fiables, propres à la méditation, sont en relation directe avec l’histoire du bouddhisme. C’est donc par la méditation bouddhiste qu’il convient de commencer.

La méditation créée par le Bouddha a 2500 ans. Elle se pratique en posture assise en restant immobile, la colonne vertébrale est verticale et la nuque bien droites, les yeux fermés ou semi-ouverts, la respiration calme. Contrairement à d’autres types de méditations, ce n'est pas une technique de concentration, l’attention sera donc sollicitée par de nombreux déclencheurs. Dans Vipassana, c’est le nom de cette forme de méditation, rien ne peut être pris comme une distraction, quand quelque chose se manifeste, il faut porter l’attention sur l'événement qui se déroule au présent, l’observer, puis laisser le phénomène se dissoudre naturellement sans lui accorder quelque importance que ce soit. Il peut s'agir de pensées qui traversent l'esprit, de sentiments, de sensations physiques, de jugements ou encore de stimuli extérieurs. En fait, il s’agit d’être vigilant sans s’identifier avec l’objet qui se présente et rester simplement présent. Vipassana est l'essence même de toutes les autres formes de méditation.

Le bouddhisme arrive en Chine sur un riche humus. Très développée culturellement, la Chine baigne dans différents courants philosophiques dont deux majeurs : le confucianisme et le taoïsme. Ces deux écoles de pensée possèdent déjà leurs propres formes de méditation : le confucianisme est plutôt orienté sur la réflexion profonde et le taoïsme sur les méditations énergétiques s’inscrivant dans le cadre de la médecine traditionnelle Chinoise et le qi gong avec pour but la régulation du « Qi ». Le bouddhisme ne va pas éliminer ces courants mais s’y fondre avec bénéfice. Mais c’est seulement au sixième siècle que le bouddhisme prend son essor en Chine sous l’impulsion d’un moine indien « Bodhidharma » qui se rend au temple de Shaolin, qui deviendra très célèbre, où il enseigne aux moines sa manière de concevoir la méditation. C’est de cette rencontre entre les moines Shaolin et Bodhidharma que naîtra le courant « chan ». La méditation chan est une pratique silencieuse qui vise le vide mental dans une posture assise à la fois détendue et dynamique.

Le bouddhisme va aussi se répandre au Japon via la Chine vers le cinquième siècle. Il va se développer parallèlement et comme en Chine se lier avec les différentes écoles du zen. Il existe deux principaux courants zen : le zen Rinzaï, qui propose des méditations avec koan (ou thèmes de concentration) et le zen Soto cousin germain du chan. Dans la pratique de la méditation du zen Soto, il s’agit d’être assis sans penser cet exercice a pour nom Zazen. Cette dernière branche prend véritablement son envol vers le treizième siècle sous l’impulsion de maître DÔGEN. Progressivement, la tradition zen et la méditation se font connaître dans le temps par de nombreux ouvrages et prennent solidement racines dans les dojos.

L’arrivée des arts martiaux en Occident, après la deuxième guerre mondiale, favorise la rencontre avec la méditation dans la mesure où tous les experts japonais sont adeptes du zen. Néanmoins la pratique de la méditation restera confidentielle et cantonnée dans les dojos. Dans les années 60, un maître japonais adepte du judo et du zen Soto, Taïsen DESHIMARU, vient dispenser son enseignement notamment en France : naît alors la grande vogue de la pratique de zazen. Quelques années plus tard, ce sera au tour de la méditation chan de s’implanter en Europe par le biais de l’enseignement et de la pratique du qi gong.

Dans le même temps au début des années 60, le professeur Alfonso CAYCEDO psychiatre et fondateur de la sophrologie élabore une méditation dépouillée de toute connotation religieuse, qu’il intègre à l’arsenal des outils sophrologiques. Cette méditation est pratiquée assis sur le bord d’une chaise sans appui du dos, elle est fortement similaire aux autres méditations silencieuses. En revanche, pour y avoir accès, il faut avoir été initié à la sophrologie.

Une nouvelle forme de méditation qui se veut moderne voit le jour dans les années 80 quand le Dr Américain Jon KAKAT-ZINN pratiquant de méditation bouddhiste décide de créer une pratique plus simple d’approche pour l’occidental lambda. Pour créer sa méthode, il emprunte à la fois à la méditation zen et à certaines techniques de relaxation, de sorte que le pratiquant béotien soit guidé tout au long d’un programme très structuré. Cette méditation prend le nom de « mindfulness » ou médiation de pleine conscience, ce qui marque ses liens profonds avec les méditations originelles qui sont elles aussi de pleine conscience. La mindfulness intéresse rapidement les chercheurs qui étaient jusqu’à lors restés plus ou moins sceptiques devant l’approche intuitive des méditations orientales. Dès lors, la mindfulness fait son entrée dans certaines institutions de santé avec les plus grands bénéfices pour les personnes qui s’y adonnent régulièrement.

  • Méthodologie

Si l’on se réfère aux méditations originelles, la méthode se résume comme il a déjà été précisé : être assis en silence ; cette simplicité n’est pour autant pas dénuée d’une certaine esthétique qui la rend étrange au béotien et aiguise sa curiosité. La méditation consiste à prendre conscience que « je suis mon corps au présent » et que ce corps est respirant. Il ne s’agit pas seulement d’être présent physiquement mais il est indispensable de se sentir en soi. Cette prise de conscience ne peut se faire qu’en position juste qui prend le nom de posture juste. La posture juste respecte l’équilibre morphologique de chacun, elle requiert une certaine tonicité sans contrainte excessive. Plaçant correctement l’homme entre terre et ciel, entre yin et yang, la posture libère partiellement le pratiquant de la sensation de pesanteur. A terme la pratique de l’assise confère une sensation de force, de bien-être et de sécurité. Par ailleurs, méditer c’est s’approprier l’antidote de l’agitation mentale, ceci implique une approche prenant en compte toutes les stimulations qui assaillent en permanence notre cerveau, ce sont ces dernières que l’on nomme : objets observables. Les objets observables en méditation sont infinis, néanmoins, citons les principaux : les sensations corporelles, la respiration, les manifestations émotionnelles, les images mentales, les pensées et réflexions, mais aussi tous autres thèmes se rapportant à la nature humaine, à la tridimention sans oublier les questions propres à la spiritualité. Il ne s’agit pas de fuir ces objets observables mais de les regarder en face un temps et de les laisser passer, de les abandonner. Méditer demande de prime abord un minimum de respect de soi. Le paradoxe de la posture de méditation : être actif dans la posture tout en étant détendu, demande une grande énergie ; pour cette raison les temps de méditation sont alternés avec des temps de repos, de dialogue et de relaxation. Pour clore ce chapitre, il est souhaitable de comprendre qu’en termes de méthodologie il est difficile dans dire plus, parce que la méditation est avant tout une expérience de vie non exportable.

  • Points communs aux différentes méditations

Les techniques de méditation permettent de développer la capacité de prise de recul pour mettre de la distance entre l’objet observé et le mental. Elles visent à produire par les états de conscience modifiée la paix intérieure et la vacuité. En outre elles développent la perspicacité et la sagesse en offrant le pouvoir de pressentir la vraie nature des choses. La pratique des méditations offre avant tout la possibilité d’affiner les sentis et ressentis pour tendre vers une vision plus réelle de la réalité apparente. Toutes les pratiques de méditations confèrent après un certain temps d’exercice une régulation des états de conscience et par conséquent de l’humeur avec pour conséquence directe moins de réactivité. Les événements sont alors vécus calmement sans dépendance émotionnelle à ces derniers, c’est alors la lucidité qui prime. Mais par-dessus tout, la sensation de présence au monde dans une correction posturale confère une profonde légitimité au pratiquant.

« La grande plénitude est vide, elle est pourtant inépuisable ». Lao TSEU

  • Les effets reconnus de la méditation

Les personnes non initiées s’interrogent souvent sur l’intérêt qu’il y a à méditer. En effet, il est juste de se poser la question : « que peut apporter un temps d’immobilité dans une posture apparemment mystérieuse » ?

« La méditation est le baromètre de la santé ». Taisen DESHIMARU

Sur le plan psychobiologique la méditation est un véritable régulateur du système sympathique, elle ralentit la fonction orthosympathique et réactive la fonction parasympathique. Or, le système sympathique est couplé avec le système neuroendocrinien responsable de la sécrétion hormonale. Des scientifiques ont observé les modifications survenues sur des sujets pratiquant la méditation selon des programmes précis et ont constaté que le taux d’hormones de stress avait diminué et que parallèlement, les hormones d’apaisement et de bien-être avaient augmenté dans l’organisme avec pour résultat, l’augmentation des défenses immunitaires. Par ailleurs, les effets sur l’état psychologique des pratiquants sont rapidement tangibles : l’angoisse s’efface au profit d’une vision positive de la vie, la peur du jugement des autres diminue, l’irritabilité se calme, les troubles thymiques s’estompent, la concentration devient performante, les fonctions mnésiques et cognitives se dynamisent. Il est concevable de penser que la méditation peut aussi avoir des bénéfices sur les nombreux troubles psychosomatiques : troubles du sommeil, de l’alimentation, de la tension etc. Dès lors, elle peut profiter aux sujets atteints de maladies chroniques : fibromyalgie, maladie de Crohn et bien d’autres encore.

Sur l’esprit, la méditation favorise la rencontre avec l’espérance, d’aucuns diraient la foi, c’est-à-dire cet élan qui nous permet à chaque instant de rester ouvert et sans peur face à soi, face aux autres et face au monde et ses perpétuelles turpitudes. L’espérance influence l’humeur, elle favorise l’enthousiasme pendant les temps de méditation. Elle invite en liant « l’avant - l’instant - l’après », à transcender la notion de mortalité. Si l’espoir est une valeur qui tend vers un objectif, l’espérance est sans limite, sans objet et sans attente.

« La religion du futur, sera une religion cosmique. Elle devra transcender l’idée d’un dieu existant en personne et éviter le dogme et la théologie ». Albert EISTEIN

  • Conclusion

En résumé, qu’est-ce que méditer, qu’est-ce que la pleine conscience ? C’est être intentionnellement là, présent avec soi, c’est porter son attention sur ses propres phénomènes. Au début de la pratique, l’exercice semble insaisissable tant le mental est envahi d’idées et de pensées. A ce stade beaucoup sont tentés de stopper l’expérience par ennui, impatience, inconfort physique ou psychique. Pour ceux qui ont le courage de poursuivre l’expérience, il arrive un stade où le mental est suffisamment posé pour se vivre positivement au présent alors, sans perdre le contact avec cette nouvelle façon d’être, il va être possible de porter également son attention sur les phénomènes de l’environnement et ainsi unir : l’interne et l’externe, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Si l’on se réfère aux maîtres fondateurs de la méditation, c’est là que l’on touche au véritable sens de la vie

« Saisir l’infini de la vie dans le limité, l’éternité dans l’instant, l’immortel dans le périssable ». AUROBINDO

  • Bibliographie

Au-delà du vide, shi bo, éd Quimétao

La flamme de l’attention, KRISNAMURTI, éd du Rocher

L’art de la méditation, Matthieu RICARD, éd Nil

Le meilleur médicament c’est vous, Dr Frédéric SALDMANN, éd Albin Michel

Le Zen dans l’art du tir à l’arc, E HERRIGEL, éd Dervy-Livres

Le Zen et chair et en os, Paul REPS, éd Albin Michel

Méditer c’est se soigner, Dr Frédéric ROSENFELD, éd les Arènes

Méditer jour après jour, Dr Christophe ANDRE, éd l’Iconoclaste

Sportif corps et âme, Jean pierre MOREAU, éd Tchou

Zen et arts martiaux, Taisen DESHIMARU, éd Albin Michel

Zen et samouraï, Suzuki SHOSAN, éd Albin Michel

Zen et self control, Dr IKEMI ET Taisen DESHIMARU, éd Albin Michel